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Patients n’est pas (qu’) un film sur le handicap

N’hésitez pas à aller voir ce beau film, tendre et drôle… Il passe au Sirius… et encore au Gaumont…

Après la publication de son autobiographie, Patients, Fabien Marsaud alias Grand Corps Malade revient avec un film éponyme, coréalisé avec Mehdi Idir. Un long-métrage cru, drôle, attendrissant qui va bien au-delà d’un film sur le handicap. Rencontre.

Ses yeux s’ouvrent sur un brancard. La vue n’est pas très nette, mais des personnes se penchent sur lui de temps à autre. On observe un plafond inconnu mais commun à la fois. Puis, là, Ben – jeune adulte de 20 ans dans les années 90 – se retrouve dans une chambre d’hôpital avant d’atterrir dans un centre de rééducation. C’est vite dit, mais c’est un peu le pitch de départ du film Patients de Mehdi Idir et de Grand Corps Malade.

Adaptation de son autobiographie éponyme, publiée en 2012 (Editions du Seuil), le célèbre slameur y raconte son année dans un centre de rééducation pour se remettre sur ses deux jambes. Depuis, Grand Corps Malade continue de boiter, s’appuyant sur une béquille. Accompagné de Mehdi Idir et Pablo Pauly, le voilà (mesurant plus d’un mètre 90, il en impose) dans une suite d’hôtel, à Paris, pour la promotion de son film. Un « one shot » réussi, qui risque bien de ne pas être l’unique essai au cinéma.

« Ce qu’il fallait éviter à tout prix, c’était le pathos »

« D’un point de vue technique, il doit y avoir plein de naïveté, des défauts de débutant », explique-t-il, bien assis entre ses deux acolytes. « Avec Medhi, on a essayé de compenser avec beaucoup de travail […] Après, sur le sujet, ce qu’il fallait éviter à tout prix, c’était le pathos. Déjà parce qu’on n’avait pas envie de tirer la larme pour rien. Mais aussi parce que ce milieu-là est tellement plein d’énergie, d’humour et d’autodérision. Si nous n’arrivons pas retranscrire ça, c’est qu’on est à côté de la plaque », ajoute Grand Corps Malade.

Inspiré justement par l’expérience de Mehdi dans le monde du clip, et de leur influence musicale de la fin des années 90 – très clairement hip-hop – ces deux-là ont cherché à donner un rythme. « On s’est dit qu’on voulait essayer de lier le fond à la forme », détaille Mehdi Idir. Loin des clichés qu’on pourrait avoir sur un film avec des « tétras », des « paras » et un centre de rééducation en banlieue.

Retour aux sources

Et ce centre n’est pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de celui de Courbert, en Seine-et-Marne, où Fabien Marsaud s’est remis de son accident. Un lieu de tournage évident pour le slameur. « Quand j’ai écrit ce scénario, ce que je voyais, c’était ce centre-là parce que c’est là que j’ai vécu l’histoire. Au lieu d’aller le recréer ou d’en chercher un qui lui ressemble, on a préféré aller sur place et voir si c’était possible. C’était le cas », explique-t-il aujourd’hui. Beaucoup de patients, de proches ou de personnes travaillant au centre ont d’ailleurs fait de la figuration dans le film, précise Mehdi. « Ça donne forcément un supplément d’âme au film », ajoute Grand Corps Malade.

Ce plus s’est construit aussi grâce aux échanges quotidiens entre les acteurs (qui dormaient sur place) et les patients du centre. De cette belle énergie résulte une vraie complicité entre les acteurs et leurs réalisateurs. Face à Grand Corps Malade, Mehdi et Pablo, on se rend très vite compte que leur relation n’est pas du cinéma. Ça rit, ça balance des blagues, à l’image de la bande de potes réunie autour du personnage de Ben dans le film… Et tout y passe ! La rousseur de Pablo Pauly en passant par des expressions de Mehdi telle que « la dilatation du temps ». Véridique !

Montrer les choses, même crues

La force de Patients, c’est justement de montrer les difficultés réelles des handicapés. « Le but du film, c’était même d’être assez cru sur certains domaines et de vraiment montrer comment ça se passe », précisent-ils. Des érections incontrôlées. Les différentes manières de faire ses besoins. S’alimenter… ou passer un appel. Un film très sociétal en fin de compte.

Jusqu’à présent, le film a reçu un très bon accueil. Une quarantaine d’avant-première dans toute la France, et une belle campagne pour sa sortie… Pourtant, Grand Corps Malade le reconnaît, difficile de trouver les financements sans aucune tête d’affiche connue. Malgré tout, le film est bien là et changera peut-être un peu les mentalités.

Des handicapés « beaufs », « cailleras »

« Quand on voit une personne handicapée, on se dit qu’elle ne peut pas marcher, mais ils ont des choses bien plus importantes en tête que de ne pas pouvoir marcher. Des études ont été faites et montrent que ce critère n’arrive qu’en 3ème ou 4ème position. Retrouver les gestes du quotidien, c’est déjà un objectif immense pour eux », explique Pablo Pauly, ajoutant que son regard s’est précisé sur le handicap, qu’il est plus attentif.

En tout cas derrière ce film, on cherche à montrer des personnalités. Un handicapé n’est pas défini par cette seule particularité. On trouve des « beaufs », des « cailleras », des « bourgeois », des potes, des gens, tout simplement. Comme le dit Grand Corps Malade à la fin de son livre éponyme, « ils sont les parfaits témoins des coups de crasse et des injustices de l’existence. Je les verrai toujours comme des icônes de courage, mais pas un courage de héros, non, un courage subi, forcé, imposé par l’envie de vivre ».